Travail d'auteur

L’homme qui sculptait les femmes

IMG_8221C’était mon Day-off, j’avais prévu depuis un petit moment de servir de modèle pour un sculpteur grec, artiste très connu à New-York qui avait décidé de continuer à travailler sur Paris pour un petit moment. Il m’avait contacté par le biais d’une de mes amies, chapelière et styliste émérite, québecoise d’origine que j’avais rencontré il y à deux ans lors de l’une de mes représentations burlesques.

Celle ci lui avait montré mes photos et il avait eu un intérêt immédiat pour ma personne. Mon corps plein de rondeurs était souvent aimé des artistes et il voulait absolument travailler avec moi me disant avec son accent américain de gars fraîchement débarqué à Paris “Avec toi , je peux faire beaucoup de choses”

Son art tenait dans le fait de sculpter des femmes nues à partir d’un fil de fer souple. Comme Van Gogh, il commençait et terminait son œuvre en une seule séance, pour capturer la substantifique moelle de son modèle.

J’avais donc fini par prendre rendez vous avec lui et le moment était enfin arrivé d’aller le rejoindre dans l’appartement qu’il occupait à Bastille et que son agent lui avait loué.

Je montais les marches, une à une, me rapprochant de sa porte qui se trouvait au dernier étage d’une immeuble de la rue Daval, il m’avait donné tous les codes me permettant d’arriver à lui sans encombres  et je savais que je devais chercher la porte de gauche.

Je sonnais donc et attendis qu’il vienne m’ouvrir. Devant moi se tenait un homme d’une taille moyenne, brun aux yeux noirs, le corps très structuré et musclé, moulé dans une sorte de combinaison d’artiste. Il avait les cheveux mi longs, tombant légèrement devant son visage ce qui lui donnait plus l’air d’un artiste peintre urbain qu’un sculpteur.

Je souriais intérieurement de cette rencontre, me disant que tous les artistes, les vrais, ceux pour qui l’art est un moteur de vie ont ce côté bohème insondable. Il me fit entrer et m’embrassa vigoureusement, me proposant de boire du vin.

Après avoir refusé poliment, n’ayant pas soif, je fis comme toute femme qui se respecte, j’inspectais son appartement. Ce qui me frappa d’emblée, ce furent tous ces morceaux de Scotch collés sur les murs et portant des ébauches d’idées. Sorte de puzzle de ses pensées en vrac, jaillissant sur les murs comme des coups de couteau donnés scrupuleusement. Une phrase en particulier stoppa mon regard ” La chatte qui m’a tué”

Pour moi c’était une sorte de punchline percutante, à double sens à la fois simple et terriblement érotique, issue probablement d’un esprit axé sur le sexe, le corps et l’idée de produire un esthétisme artistique dans tout acte de la vie quotidienne.

Je posais mes affaires dans un coin et discutait avec lui de notre collaboration pendant qu’il faisait un peu de place sur son lit et son canapé. Décidément les hommes n’étaient pas doués pour le rangement et Skye ne faisait pas exception à la règle. Il me montra un sex-toy que je connaissais bien pour avoir un jour perdu connaissance en l’utilisant, un masseur de clitoris qu’il me dit utiliser pour masser ses bras et ses mains endoloris par l’intense travail qu’il produisait chaque jour.

En voyant mon grand sourire, il me répondit de ne pas m’inquiéter que c’était vraiment pour se masser. Je ne pu résister au fait de faire une petite plaisanterie sur le dit objet en précisant que ” oui, effectivement  il savait faire beaucoup de bien!!!” L’avantage avec les étrangers c’est qu’ils n’ont pas la capacité de relever les double sens et ce n’était pas plus mal vu mon esprit souvent mal placé.

Le laissant ranger les derniers restes de son désordre, je me déshabillais, laissant tomber par terre l’ensemble de mes vêtements et attendis qu’il me dise ce qu’il voulait. Il me regarda et me demanda de grimper sur son lit afin de prendre une pose qu’il dessinerait avant de se mettre à la sculpture.

Le lit était d’une bonne qualité, ni trop dur, ni trop mou, il donnait envie d’y rester et de s’y aimer pendant des heures. Il se produisait un petit rebond des que je bougeais et je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ce que ça donnerait si on s’ébattait dessus. Ça devait être fort agréable et donner des sensations supplémentaires non négligeables. J’en étais là de mes réflexions érotiques quand je sentis que je devais me concentrer sur le désir de l’artiste. Je pris donc différentes poses jusqu’au moment où ce fut parfait pour lui. Il repositionna ma tête avec sa main aux longs doigts et je me rendis compte que son  geste était précis et rude. Cette détermination dans le geste m’interpella. Cette force et cette puissance étaient à l’opposé du travail de minutie qu’il allait entreprendre.

J’obéissais donc à cette main directrice et ne bougeais plus le temps qu’elle fasse l’esquisse de mon corps dans la position qu’il avait choisi. Une fois le dessin fini, il me demanda de me poser dans son canapé pour pouvoir commencer à me sculpter. Il avait besoin d’être tout prés de moi pour bien saisir ma position et les fluctuations de mon corps.

Je ne disais rien le regardant travailler avec intérêt. Il me parla alors, me disant qu’il savait que j’écrivais et me posa plein de petites questions amusantes sur moi et ma vie. Il me racontait aussi la sienne au passage, m’apprenant qu’il avait été danseur de ballet et que la scène lui manquait. Il me parla de son art, du regard érotique de ses clients sur son travail. De toutes ces femmes qui commandaient leurs sculptures parce qu’elles avaient envie de se trouver nues  face à lui. Vivant cela comme une transgression des interdits de la société alors que lui même faisait juste son travail. Parfois, il se voyait comme un gigolo de l’art, celui qui fait rêver des femmes enfermées dans leurs vies bien rangées, et il pensait qu’il devait demander plus d’argent car il répondait implicitement aussi à une demande érotique.

Il est vrai que parfois l’art est une sorte de prostitution que la société adule. Car elle transcende et créee de nombreuses émotions. Il est difficile de ne pas être conscient de cela.

Il me demanda mon nom de scène et quand je lui dis que j’étais l’Aristo-Chatte, il se mit à sourire, et à me dire qu’il écrivait un roman sur ses modèles. ” Peut-être ferais je de toi la chatte qui m’a tué ” me dit il.  Peut être oui, après tout, allez savoir.

Pendant tout ce temps, je regardais ses mains me sculpter et l’idée grandissante qu’il faisait l’amour à mon corps en pliant et recourbant son fil me tarauda. J’étais là, couchée, nue dans son canapé, je sentais la chaleur de sa jambe contre mon genou et voyais ses mains s’agiter, se débattre avec ma bouche, façonner mes seins, reproduire une courbe de mon corps qu’il regardait avec précision et lenteur.

Rien ne différenciait son geste artistique de la façon dont les hommes me faisaient l’amour. Eux aussi tournaient mon corps dans tous les sens, inventant de nouvelles courbes, passant leurs doigts sur les miennes, sculptant de leurs langues mes fesses ou mes cuisses. Accrochant leurs mains à mes seins et les tordant comme le fil de fer qu’il enroulait sur lui même pour créer le galbe de mon mamelon.

Son travail était un miroir érotique de ce que je vivais dans mon lit, sauf que de l’endroit ou jetais allongée, je pouvais voir ce que je sentais et ressentais en temps normal. J’étais troublée et humide.

J’avais chaud, je n’avais pas envie de discuter, juste de continuer à regarder la dextérité de ses mains, sur lesquelles je fantasmais allégrement, sans honte et avec envie. Soudain  il me dit qu’il aimait vraiment beaucoup ma voix et qu’il serait ravie que je lui fasse la lecture un moment.

Je n’avais que “Venus Erotica “ d’Anais Nin sur moi, je l’ouvris au hasard et je lui lu l’histoire de Lilith, cette femme frigide qui ne pouvait concevoir le plaisir avec son mari. Celui ci lui joua un tour et lui fit croire qu’elle avait pris un puissant aphrodisiaque. Alors dans ma bouche s’enchainaient des mots érotiques que je lisais avec lenteur et délectation pendant que mon sculpteur me façonnais et soupirait de plus en plus. Levant les yeux je lui demandais  si tout allait bien et s’il fallait que je continue à lire. Il me regarda et dit oui, je poursuivais lisant les tourments sexuels de Lilith quand il me dit stop en soufflant.  Çà lui donnait trop chaud, il fallait que j’arrête, je me mis à sourire.

” Faisons une pose” me dit-il, “je vais boire du vin, ça va m’aider”. Il s’en servit, puis me tendit, sans un mot, ses mains qui le faisait souffrir. Alors je le massais, supposant que c’était là son envie. Je malaxais doucement ses mains chaudes, ses doigts puissants et habiles, tirant sur  chacun d’entre eux au fur et à mesure. Il aimait et fermait les yeux, c’était agréable aussi pour moi, très sensuel,  très lent et très doux. Je lui massais les poignets puis doucement les avant-bras en appuyant avec le bout de mes doigts, puis en les griffant légèrement.

Il ouvrit les yeux au bout d’un moment me disant que si je poursuivais, il s’endormirait, je repris donc la pose et il continua son lent et précis travail. Quand il arriva au ventre, il caressa d’un doigt le mien me faisant rire aux éclats, puis recommença parce que ça l’amusait de m’entendre rire, me dit que je lui posais des soucis car je n’avais pas de poils pubiens et termina mes cuisses qu’il me fit plantureuses et indécentes.

Une fois le travail achevé, il l’épingla sur une planche blanche et caressa les courbes de ce mini moi en me disant qu’il aimait bien mon corps.

Je me rhabillais prestement étant pressée, le remerciant pour cette agréable séance de pose en sa compagnie. Il me prit alors dans ses bras me disant que nous allions de nouveau travailler ensemble.

Oui, nous allions encore travailler ensemble. C’était certain!!!!

Manofwire

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