Mon cinema du cul

“Domination” d’Erik Lamens

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Voici un film qui ne peut pas vous laisser indifférent puisqu’il traite d’un sujet universel: l’amour et notre capacité à le sauvegarder.

La question centrale et philosophique qu’il nous amène à nous poser est de savoir jusqu’où serions nous prêts à aller pour sauver notre couple ?

Le synopsis est simple. L’homme est juge, la femme est dépressive, incapable de se tenir forte et debout face à la vie. Elle est en désespérance et abandonne sa famille pour se réfugier dans un monde dont elle est la seule à avoir la clé. Son unique souffle de vie elle le trouve en dessinant dans des petits cahiers noirs. Quoi? Nous ne le savons pas en tant que spectateur mais cela semble précieux puisqu’elle le cache comme un trésor .

L’homme regarde sa femme sombrer, sans savoir quoi faire d’autre que d’être présent et à l’écoute. Puis un jour la parole se libère.

Grâce à la demande de divorce de cette femme qui ne veut plus être un fardeau pour son mari nous découvrons qu’elle est hantée par des désirs BDSM. Jusqu’à présent elle à vécu en les reniant sans cesse, mais ils sont plus forts qu’elle. Elle a besoin de se soumettre et de s’offrir pour exister et seule cette voie lui permettra de se réapproprier les codes de la vie de famille dont elle ne connait plus le véritable sens.

Le juge accepte tant bien que mal cette situation, devient son dominant et se prend au jeu de sa femme qui n’a de cesse de lui en demander plus. Leur bonheur semble parfait mais est vite entaché par l’arrestation du juge qui sera accusé par ses pairs et la société d’exercer des actes de maltraitance sur son épouse. Il sera destitué de ses fonctions, tentera de se suicider et retrouvera un équilibre à nouveau à travers sa famille qui semble être le seul endroit ou tout se joue et se résous.

Mon avis : Ce n’est ni un blockbuster, ni un film purement sexuel malgré une affiche un peu racoleuse.  c’est avant tout une histoire vraie, reprise et mise en scène par le cinéma Belge . Le sujet du BDSM qui est présent en superposition tout au long du film est traité comme un élément thérapeutique. Le rythme du film est lent, les personnages n’ont pas vraiment grand chose à dire, ne sont même pas très beaux  et sont tout sauf des héros de la vie moderne. Mais il est très clair qu’ils sont portés par un lien extrêmement fort qu’ils ne cessent d’enrichir.

Ne vous attendez pas a des scènes de BDSM régulières ni détaillées au millimètre, vous n’en trouvez pas, par contre vous en verrez de petits morceaux intenses, toujours liés à l’évolution sensorielle et intellectuelle des deux protagonistes.

S’ils commencent doucement par des petits coups de fouet dans leur chambre à coucher, ils finissent comme des experts du milieu auprès des membres d’un club spécialisé. Le juge si carré dans sa vie professionnelle devient celui qui manie le fouet et qui en prend un fort plaisir. Plus la technicité de leurs séance est forte plus leur amour devient grand.

Dans ce couple, il n’y a plus de limites claires et définies comme on peut en trouver dans beaucoup d’autres couples. Ici tout est permis, même ce qui est condamnable aux yeux de la société, parce qu’il n’existe plus de frontières réelles entre les envies et l’exécution matérielle de celles ci. Tout à été balayé par la découverte d’un plaisir dont ils ne croyaient pas l’existence possible et qui est désormais leur seule façon de vivre leur amour. Nous pouvons dire qu’ils sont esclaves de leurs pratiques parce qu’ils n’ont jamais rien vécu qui les rend plus heureux et qu’ils ne comptent plus faire marche arrière.

Leur amour est absolu et passionné, ils grandissent ensemble dans ce tourbillon de sensations et d’actes dont ils ne se lassent pas et qu’ils ne veulent pas voir comme perturbant pour leur entourage. Et ce malgré les nombreuses mises en garde bienveillantes de leurs amis. Les deux scènes les plus marquantes pour moi et les plus fortes en symbolisme sont la couture du sexe et le marquage au fer rouge. Le statut de la femme à atteint son apogée puisqu’elle est dans un abandon total et irréversible qu’elle souhaite toujours plus grand et plus intense.

C’est à ce moment là, en tant que spectatrice que je comprends que le couple est perdu pour la société. En effet qui peut comprendre la force de ces actes qui sont chargés d’amour et d’abandon. Comment notre société judéo chrétienne peut elle accepter cela ? Il est très net dans le film que la question de la folie des deux personnages est envisagé. La femme à beau répéter sans cesse que tout cela relève de son souhait le plus profond, personne ne l’a croit. Elle est forcément une victime manipulée par un mari abusif et violent.

Parce que ce n’est tout simplement pas croyable pour la plupart des gens. Qui voudrait réellement s’infliger autant de douleurs par plaisir ? Qui serait assez inhumain pour faire tout cela à sa compagne. Personne selon la société, qui n’a jamais envisagé que la torture puisse être l’expression d’un amour absolu et profond et qui lutte juridiquement chaque jour contre toutes formes d’abus sur humain.

Ce couple qui n’a rien demandé à personne sera brisé socialement, parce qu’il faut faire un exemple. Cette histoire totalement privée devient le fer de lance d’une justice qui veut démontrer qu’elle est présente et qu’elle surveille tout, même ce qui ne la regarde pas. Condamner pour valeur d’exemple, condamner parce qu’on ne comprend pas quitte à briser tout l’univers d’un homme qui n’a fait qu’agir toute sa vie pour sauver autrui. Condamner parce qu’il faut correspondre aux valeurs d’une mère patrie et qu’ici le juge n’est plus un modèle d’exemplarité, mais le reflet d’une société pervertie jusqu’à son fondement.

Il y a plusieurs piste de lecture comme vous avez pu le voir. Je vous conseille vivement le visionnage de ce film si comme moi vous croyez aux vertus morales et philosophiques du BDSM. J’ai trouvé ce film de toute beauté parce qu’il raisonne très fort en moi, vous pouvez le trouver très facilement sur les plateformes de téléchargement en streaming.

Voici la bande annonce

Une réflexion au sujet de « “Domination” d’Erik Lamens »

  1. j’ai adoré ce film , il m’a laissé perplexe, une condamnation aberrante , je ne dirais pas inattendue , on s’en doute un peu en voyant le film mais c’est le reflet de tout le “sexuellement correct” qu’on tente d’imposer . de nous imposer . Merci pour ce billet

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